Par Mario Jr Duquette, commissaire de la Ligue de hockey senior élite
Depuis mon arrivée comme commissaire, une question revient régulièrement lorsque je discute avec des propriétaires, des amateurs ou des personnes souhaitant ramener du hockey senior dans leur région :
La LHSE pourrait-elle éventuellement passer de huit à dix, voire à douze équipes?
Ma réponse est oui.
Mais pas à n’importe quel prix.
La LHSE amorce la saison 2026-2027 avec huit formations réparties dans quatre régions : les Laurentides, Lanaudière, la Montérégie et l’Estrie. Acton Vale et Mont-Laurier se sont ajoutés au circuit, tandis que Rivière-Rouge et Sainte-Martine accueillent maintenant des concessions dans de nouveaux marchés.
La Ligue a également ouvert officiellement son processus d’expansion pour la saison 2027-2028. Notre objectif n’est toutefois pas d’ajouter simplement des logos sur une carte. Nous recherchons des organisations solides, des propriétaires engagés, des arénas adaptés et, surtout, des communautés capables de s’attacher durablement à leur équipe.
Passer de huit à douze équipes : est-ce vraiment réaliste?
Je crois sincèrement que le potentiel existe.
L’histoire du hockey senior québécois nous montre que plusieurs villes ont déjà été capables de soutenir une équipe. Certaines ont perdu leur formation à la suite d’un changement de propriétaire, d’un déménagement, d’un passage vers une autre ligue ou simplement parce que le contexte n’était plus favorable à ce moment-là.
Cela ne signifie pas que ces marchés ne pourraient plus fonctionner aujourd’hui.
Il reste des villes intéressantes, des arénas adaptés et des partisans de hockey senior. Il existe également des entrepreneurs et des gens de hockey qui souhaitent bâtir un projet rassembleur dans leur communauté.
La question n’est donc pas seulement de déterminer s’il existe suffisamment de villes.
La véritable question est la suivante :
Existe-t-il suffisamment de bonnes organisations pour réussir cette croissance correctement?
C’est là toute la différence.
Je préfère largement une LHSE composée de huit ou dix équipes financièrement solides, bien administrées et capables d’attirer leurs partisans chaque semaine plutôt qu’une ligue de douze ou quatorze formations dans laquelle deux ou trois organisations seraient constamment en difficulté.
Dix équipes avant douze
Personnellement, je vois très bien la LHSE fonctionner éventuellement avec dix équipes.
Cette croissance permettrait de poursuivre le développement de nos divisions, de créer davantage de rivalités régionales et de réduire certains déplacements grâce à un calendrier construit intelligemment.
Douze équipes? Oui, je pense que c’est possible.
Je considère toutefois cette possibilité comme une deuxième étape.
Nous devons d’abord stabiliser ce que nous bâtissons actuellement. La saison 2026-2027 représente déjà un changement important avec l’arrivée de nouveaux marchés et le renouvellement de plusieurs organisations.
Il faut maintenant permettre à ces équipes de grandir, de développer leur base de partisans et de consolider leur structure administrative et financière.
Si deux projets d’expansion exceptionnels se présentent ensuite, pourquoi ne pas passer à dix équipes?
Lorsque ces dix organisations seront bien établies, si deux autres marchés sont prêts et répondent à nos critères, nous pourrons alors discuter sérieusement d’une LHSE à douze formations.
La croissance doit suivre la stabilité, et non la précéder.
Beaucoup de ligues, mais également beaucoup de joueurs
Un autre argument revient souvent : il existe déjà beaucoup de hockey senior au Québec.
C’est vrai.
Au-dessus de la LHSE, on retrouve notamment la Ligue nord-américaine de hockey et la Ligue de hockey senior AAA du Québec. Plusieurs autres circuits sont également actifs à travers la province.
La Ligue régionale de hockey senior AA compte dix formations pour la saison 2026-2027. La Ligue de hockey senior AA du Québec amorce pour sa part son histoire avec cinq équipes, après le désistement d’une sixième formation avant le début de sa première campagne.
À cela s’ajoutent les huit équipes de la LHSE.
Cela représente un nombre important d’organisations. Le Québec produit toutefois énormément de joueurs de hockey.
Chaque année, des joueurs terminent leur parcours dans le junior majeur, le junior AAA, le junior AA, le hockey collégial, les universités ou différentes ligues situées à l’extérieur du Québec.
Tous ne peuvent évidemment pas poursuivre une carrière professionnelle.
Le hockey senior leur offre la possibilité de continuer à pratiquer leur sport de façon compétitive tout en travaillant, en étudiant et en demeurant près de leur famille.
C’est également l’une des raisons pour lesquelles je crois autant à notre produit.
J’ai moi-même suivi ce parcours. Après le junior, la LHSE m’a permis de continuer à jouer au hockey compétitif. Plusieurs années plus tard, je participe maintenant au développement de cette même ligue.
Le véritable danger n’est peut-être pas le nombre de ligues
On pourrait croire que le principal problème est le nombre élevé de circuits.
Je ne suis pas certain que ce soit le cas.
Le véritable danger serait plutôt de voir toutes les ligues chercher continuellement à grossir, simplement pour afficher un plus grand nombre d’équipes.
Si une organisation ne possède pas les ressources financières, les bénévoles, les commanditaires, l’administration ou le nombre de spectateurs nécessaires pour être viable, l’ajouter à une ligue ne rend service à personne.
Ni aux joueurs.
Ni aux propriétaires.
Ni aux autres équipes.
Ni aux partisans.
Chaque nouveau marché doit apporter quelque chose au circuit qu’il rejoint : une rivalité naturelle, une nouvelle région, une organisation solide, une excellente foule ou un groupe de propriétaires crédible.
Idéalement, un projet d’expansion doit réunir plusieurs de ces éléments.
Pourquoi les ligues senior ne se parlent-elles pas davantage?
C’est probablement la réflexion que je trouve la plus intéressante.
Derrière la LNAH et la LHSAAAQ, le hockey senior québécois compte notamment trois circuits importants : la LHSE, la Ligue régionale de hockey senior AA et la Ligue de hockey senior AA du Québec.
Nous sommes différents.
Chaque ligue possède ses propres règlements, ses propriétaires, ses territoires, ses méthodes de fonctionnement et ses objectifs. La compétition entre les circuits fera toujours partie du hockey.
Mais la compétition ne devrait pas automatiquement signifier une absence complète de communication.
Pourquoi les dirigeants de nos ligues ne pourraient-ils pas se rencontrer une ou deux fois par année pour discuter de l’avenir du hockey senior?
Il serait simplement question de discuter.
De sécurité.
D’arbitrage.
De développement des officiels.
De discipline, lorsque les règlements le permettent.
De calendriers.
De pratiques administratives.
De diffusion des rencontres.
De promotion et de marketing.
Peut-être pourrions-nous même réfléchir un jour à certains projets communs permettant de faire rayonner le hockey senior québécois.
Imaginons, par exemple, une fin de semaine réunissant les champions du hockey senior québécois, si les règlements, les assurances et les différentes fédérations le permettent.
Une rencontre annuelle des commissaires et des présidents de ligues constituerait déjà un excellent point de départ pour échanger sur les défis que nous avons en commun.
Nous en partageons probablement beaucoup plus que nous le pensons.
Faire grandir le produit, pas seulement notre ligue
Mon travail consiste évidemment à défendre et à développer la LHSE.
Je veux que notre ligue grandisse. Je veux attirer de nouveaux partenaires, voir davantage de joueurs souhaiter évoluer chez nous et accueillir des foules importantes dans nos arénas.
Oui, j’aimerais éventuellement voir une LHSE composée de dix ou douze excellentes organisations.
Je crois toutefois que nous devons également regarder au-delà de notre propre logo.
Lorsque le hockey senior est bien organisé à Waterloo, Mont-Laurier, Louiseville, La Tuque, Granby, Saint-Gabriel ou ailleurs au Québec, c’est l’ensemble du hockey senior qui gagne en crédibilité.
Nous sommes en compétition pour attirer des joueurs et des partisans, mais nous affrontons également tous le même véritable adversaire :
Un aréna vide un vendredi ou un samedi soir.
Plus nous offrirons un produit sérieux, organisé, spectaculaire et accessible aux familles, plus les amateurs voudront revenir dans les arénas.
Mon objectif pour la LHSE
Je ne veux pas promettre aujourd’hui que la LHSE comptera douze équipes dans deux ans. Ce serait irresponsable.
Est-ce que je crois qu’une LHSE à douze équipes est possible à moyen terme?
Absolument.
À une condition : que chacune de ces douze équipes mérite sa place.
Si nous pouvons trouver douze marchés solides, douze groupes de propriétaires sérieux et douze communautés qui souhaitent réellement soutenir leur équipe, nous aurons accompli quelque chose d’important.
Mais si nous devons demeurer à huit ou dix formations pendant quelques saisons afin de bâtir correctement, nous le ferons.
L’objectif n’est pas de devenir la ligue qui possède le plus grand nombre d’équipes.
L’objectif est de bâtir une ligue dans laquelle les organisations veulent rester, les joueurs veulent évoluer et les partisans veulent revenir.
Concernant les autres ligues senior du Québec, je lance simplement la réflexion.
Nous pouvons être des compétiteurs sur la glace et dans le recrutement tout en étant capables de nous parler comme dirigeants.
Parce qu’au bout du compte, si nous réussissons collectivement à faire grandir le hockey senior québécois, toutes nos ligues en bénéficieront.
À suivre…
Mario Jr Duquette
Commissaire — Ligue de hockey senior élite